lundi 4 mars 2013

L ORIGINE DE NOTRE LOGO (JE ME SOUVIENS)

Le logo des Canadiens de Montréal Qu’est-ce qu’un logo ? Un logo (ou logotype) est un symbole graphique (une image) qui représente une marque, une organisation, une compagnie, une équipe de sport, etc. Que signifie celui des Canadiens de Montréal ? Dans les premières années de son histoire, le logo du Canadien a changé plusieurs fois. De 1909 à 2009, il y a eu 9 différents logos pour l’équipe du Canadien. Le « C » du Canadien revient souvent car il représente une équipe francophone. Les Français du Canada étaient appelés les Canadiens. De 1912 à 1917, le nom de l’équipe était « Club Athlétique canadien » et les initiales étaient « CAC ». On pouvait donc apercevoir un « A » au centre du logo à cette époque. Le logo que l’on retrouve aujourd’hui existe depuis 1952. Il est composé de trois lettres : un « C » blanc, un « H » blanc et un « C » rouge. Si vous croyez que le « H » que l’on voit sur le logo veut dire « Habs » ou « Habitants », détrompez-vous car cela veut dire « Hockey ». L’erreur serait en fait survenue en 1924 alors qu’on l’aurait rapporté à Tex Rickard, ancien propriétaire du Madison Square Garden, qui l’aurait à son tour répété à un journaliste, créant ainsi la confusion. Le nom officiel de l’équipe est « Club de hockey canadien ». Le « H » signifie donc « hockey ». La première fois que le « C » et le « H » ont été réunis, c’est en 1918. Le logo actuel du Canadien affiche le bleu, le blanc et le rouge. C’est pour cela qu’on appelle les Canadiens le « tricolore ». Ces couleurs sont celles du drapeau de la France. Le 6 octobre 2008, le logo des Canadiens de Montréal a remporté le concours du plus beau logo organisé par le site internet The Hockey News. Avez-vous aussi remarqué que si on retourne le logo on peut apercevoir un bonhomme sourire ?

NAISSANCE DU CLUB DE HOCKEY CANADIEN

Tout a commencé par une dispute. Une histoire d'argent, essentiellement, comme on en trouve quelques-unes dans le merveilleux monde du sport. En ce temps-là, il y a un siècle, existe depuis trois ans une ligue professionnelle ayant pour nom Eastern Canada Hockey Association (ECHA). En font partie quatre équipes: Les Senators d'Ottawa, les Bulldogs de Québec, les Shamrocks de Montréal et les Wanderers de Montréal. Les Wanderers forment une puissance à l'époque, eux qui ont remporté la coupe Stanley trois fois dans les quatre années précédentes. Le 25 novembre 1909, les dirigeants des clubs de l'ECHA sont réunis dans une suite de l'hôtel Windsor, au centre-ville de Montréal, pour préparer la prochaine saison. Et le torchon brûle sérieusement. C'est que le nouveau propriétaire des Wanderers, Patrick J. Doran, vient de faire construire un amphithéâtre de 3500 places rue Sainte-Catherine, juste à l'est de la voie ferrée dans le quartier Hochelaga, et il tient mordicus à ce que son équipe y établisse domicile. Les autres organisations, mais surtout les Senators, expriment leur désaccord et préfèrent que l'on continue d'utiliser l'aréna Westmount (sis là où se trouve aujourd'hui la place Alexis-Nihon), mieux placé et surtout deux fois plus spacieux et donc générateur de meilleurs revenus pour les équipes visiteuses, qui ont droit à une part de la cagnotte. Il apparaît tôt que l'impasse est totale et la rupture, inévitable. Les patrons des Senators, des Bulldogs et des Shamrocks ont-ils manigancé pour exclure l'indésirable? Toujours est-il qu'un vote est pris: l'ECHA sera dissoute et un nouveau circuit verra le jour, appelé Canadian Hockey Association (CHA). Il comprendra cinq équipes, mais pas les Wanderers. Furieux, les trois représentants des Wanderers, dont le bouillant ailier Jimmy Gardner, claquent la porte. Ils gagnent bientôt le lobby de l'hôtel, où un groupe de journalistes les attend. Or dans ce lobby se trouve aussi John Ambrose O'Brien. Le jeune homme de 24 ans, fils d'un richissime entrepreneur minier du nord de l'Ontario, a fait le voyage à Montréal dans l'espoir d'obtenir une franchise dans l'ECHA, ou dans la CHA naissante. La famille O'Brien soutient financièrement trois équipes de hockey, parmi lesquelles les Creamery Kings de Renfrew, champions de la Ligue fédérale en Ontario en 1909 et qui se sont vu refuser quelques mois auparavant la possibilité de concourir pour la coupe Stanley, à l'époque décernée à l'occasion de défis entre ligues. Ambrose s'est dit qu'en devenant membre de la CHA, il obtiendra ce droit. Mais les gens de la CHA ne veulent pas recevoir O'Brien et le laissent poireauter à l'extérieur. Renfrew est trop petit, trop éloigné pour prétendre intégrer leur prestigieux circuit. La discussion qui a tout déclenché Gardner aperçoit donc O'Brien et s'approche de lui. Dans son excellent bouquin Les Glorieux, l'auteur D'Arcy Jenish évoque l'échange qui a suivi: «Vous, les O'Brien, n'avez-vous pas des équipes de hockey dans le nord, à Haileybury et à Cobalt?», demande Gardner. «Nous supportons [sic] trois équipes de hockey là-bas, c'est vrai», confirma O'Brien. «Ambrose, dit soudain Gardner avec animation, pourquoi ne formons-nous pas une ligue, vous et moi? Vous possédez Haileybury, Cobalt et Renfrew; nous avons les Wanderers. Et je crois que si un club canadien-français était constitué à Montréal, nous ferions des affaires monstres. Nous pourrions même lui donner un nom canadien-français...» Après, écrit Jenish, que Gardner eut indiqué aux journalistes présents, qui en savaient déjà trop, d'aller faire un tour, «[il] fit alors signe aux trois hommes qui l'entouraient de s'approcher un peu plus près et leur dit, à voix basse, sur un ton de conspirateur: "Nous appellerons cette équipe le Canadien".» L'idée qu'une rivalité entre «Français» et «Anglais» de Montréal soit source d'affluence aux guichets et donc extrêmement lucrative sera reprise une quinzaine d'années plus tard avec la création des Maroons. En 1909, il existe bien une équipe en principe toute francophone dans la métropole, le National. Mais celle-ci, en ce 25 novembre, est admise dans la CHA. La semaine suivante, le 2 décembre, Ambrose O'Brien et les représentants des Wanderers tiennent une réunion afin de jeter les bases de leur nouvelle ligue. À la sortie, ils annoncent que celle-ci portera le nom de National Hockey Association of Canada Limited (NHA). Le 4 décembre 1909 Deux jours plus tard, le 4 décembre 1909, nouvelle réunion au Windsor. La CHA étant aussi réunie au même moment dans le même hôtel, des jeux de coulisses ont lieu dans le but de débaucher des membres du circuit rival, mais ils échouent. Lorsque les responsables de la NHA viennent s'adresser aux reporters, c'est acquis: la ligue comptera cinq équipes. Les Wanderers, Renfrew, Cobalt, Haileybury et, l'ultime tentative de faire changer d'idée le National s'étant révélée vaine, une toute nouvelle entité entièrement canadienne-française. Ainsi est né, il y a 100 ans aujourd'hui même, le Club de hockey le Canadien. On le désigne officiellement de cette manière, même si l'usage fera rapidement en sorte qu'on emploie aussi l'expression «les Canadiens». Du même coup, on fait savoir que Thomas Hare, qui représente l'équipe de Cobalt, déposera une somme considérable — D'Arcy Jenish évoque 5000 $ — dans une banque montréalaise pour assurer le fonctionnement du Canadien. Dans les faits, Hare est un employé d'O'Brien, qui avance l'argent et qui se trouve donc à contrôler quatre des cinq clubs de la NHA. On annonce également l'embauche du grand Jack Laviolette, l'un des meilleurs joueurs de son temps, pour bâtir en un mois, à partir de rien, une formation compétitive. Dès le début, les observateurs expriment l'avis que la lutte entre les deux ligues pour ce qu'ils n'appellent pas encore le dollar-loisir sera sanglante. Mais elle sera en réalité de très courte durée. O'Brien a les poches très profondes et il acquiert à fort prix les services d'excellents joueurs — les frères Patrick, Cyclone Taylor —, à tel point que les amateurs rebaptisent son équipe «les Millionnaires de Renfrew». Le calibre de jeu de la NHA est bien supérieur à celui que la CHA peut offrir. Résultat: au bout de quelques semaines, dès la mi-janvier 1910, après que des pourparlers de fusion n'eurent rien donné, la CHA doit se saborder. Deux de ses membres, les Senators et les Shamrocks, passent à la NHA et le National, qui commet l'erreur historique de refuser une proposition d'achat du Canadien, se joint à une ligue municipale. Le Canadien, lui, dispute sa première rencontre le 5 janvier 1910 contre les Silver Kings de Cobalt. Par la suite, il sera à quelques reprises menacé de déménagement, voire de disparition, mais il tiendra bon, tissant au fil de plus de 6400 matchs et 24 coupes Stanley, la plus riche des traditions de hockey au monde, multipliant en son sein les légendes dont on irait jusqu'à faire des fantômes, devenant machine à imprimer de l'argent aussi, et s'attirant l'amour parfois tumultueux mais toujours inconditionnel de ses innombrables partisans qui continuent de vivre et de mourir avec lui alors qu'il amorce son second siècle d'existence.

dimanche 3 mars 2013

LE CHANDAIL


LE PREMIER MASQUE

Jacques Plante Dans chaque sport, il est de ces hommes particuliers qui apposent une marque indélébile sur le jeu, une empreinte immuable qui affecte et transforme la face de leur discipline à jamais. Sur la glace, ces précurseurs, joueurs visionnaires et avant-gardistes, prophètes d'un temps passé, n'ont eu de cesse d'inventer et de réinventer le hockey, l'apprivoisant, le modelant, le façonnant au travers du prisme de leur passion. Athlètes fabuleux, artistes perfectionnistes, esthètes romantiques, ils ont influencé leur sport, en laissant derrière eux un legs perpétuel. Jacques Plante fait partie de cette race de champions. Car outre ses exploits devant les filets, il a contribué à révolutionner le poste de gardien de but, instaurant notamment le port du masque, et donnant une nouvelle dimension au jeu à la crosse du cerbère. Retour sur la carrière de celui que les Américains appelaient "Jake the Snake", une étoile au firmament du hockey sur glace. Une jeunesse formatrice Joseph Jacques Omer Plante vient au monde le 17 janvier 1929, à Shawinigan Falls, dans la province du Québec. Issu d'un milieu modeste (son père est machiniste, tandis que sa mère s'affaire sur divers travaux de couture), il est l'aîné d'une fratrie qui comptera onze enfants. Bientôt, la famille qui ne cesse de s'agrandir se trouve contrainte de s'adapter à la rigueur des temps et à la précarité ambiante. À Noël, les chaussettes des enfants déposées précautionneusement sous le sapin ne sont remplies que de fruits et de quelques bonbons. Pourtant, Xavier, le patriarche, ne manque pas d'imagination, et y ajoute régulièrement des petits jouets en bois, fantaisies ébauchées par son esprit créatif. Devant l'intérêt prononcé de Jacques pour le hockey, qu'il pratique chaque hiver sur les lacs gelés ou dans la cour de l'école avec ses camarades, il décide de lui fabriquer une crosse de gardien (il jouait initialement défenseur, mais des problèmes d'asthme récurrents l'ont peu à peu invité à se muer en sentinelle) à partir de la souche d'un arbre, et des jambières en recyclant des sacs de pommes de terres usagés. C'est une révélation pour le jeune garçon, et il s'en souviendra toute sa vie : "J'ai eu de nombreuses crosses entre les mains depuis, mais je n'oublierai jamais la sensation de celle-ci." À la maison, et en sa qualité d'aîné, son sens de l'initiative est constamment sollicité : il s'acquitte ainsi des tâches ménagères, et s'occupe de ses jeunes frères et sœurs afin de délester ses parents. Lorsqu'un jour il demande à sa mère de lui fabriquer une tuque (terme utilisé au Canada pour désigner les bonnets en laine) pour protéger ses oreilles du froid quand il joue au hockey, elle lui procure des aiguilles, lui enseigne les rudiments du tricot, et l'enjoint à confectionner lui-même son couvre-chef. Jacques se prend alors de passion pour cette activité, et réalise ses propres équipements, bas, chemises etc. Cette activité, qu'il trouve si reposante, lui servira d'antidote au stress tout au long de sa carrière. Le jeune Jacques est un enfant intelligent et perspicace, et se rend bien vite compte que dans le chemin escarpé de la vie, la chance sourit aux audacieux. Il développe ainsi un sens aiguisé de l'opportunisme, qui va lui permettre de faire ses premières armes dans les rangs d'une véritable formation de hockey. Par un après-midi glacial propre à l'hiver canadien, alors qu'il observe attentivement, comme toujours, l'équipe de son école à l'entraînement, une dispute éclate entre le coach et l'un des gardiens. Ce dernier est renvoyé au vestiaire, laissant la place vacante devant son filet. Il n'y a pas de remplaçant, et Jacques, du haut de ses 12 ans, sollicite l'entraîneur. Il se souvient : "J'étais alors à l'école St-Maurice à Shawinigan. Notre équipe de hockey comprenait des garçons de 17 et 18 ans, et j'avais pour habitude de les regarder évoluer sur la patinoire extérieure. Ce jour-là [...], le gardien était en difficulté et l'entraîneur l'accusa de ne pas faire de son mieux. Il devint fou et enleva ses patins. J'ai alors accouru vers l'entraîneur en me portant volontaire pour prendre sa place. Il n'y avait pas d'autre gardien aux alentours, je me suis donc posté devant le but et j'ai joué le reste de la saison." Il joue ainsi deux saisons complètes pour le compte de son école, au cours desquelles ses prédispositions naturelles font forte impression. Mais Jacques veut voir plus haut. Redoublant de malice et d'ingéniosité, il se présente un jour, flanqué de son matériel, à l'entrée de la patinoire de la ville, à l'aube d'un entraînement d'une équipe intermédiaire des Cataractes. Remarquant que la formation ne possède qu'un gardien, il propose ses services à l'entraîneur qui, sceptique dans un premier temps, finit par accepter de lui donner une chance. Il la saisit au vol, et devient rapidement l'attraction de la petite ville. Il s'investit corps et âme dans ce qui est pour lui une authentique vocation, dévouant tout son temps libre à la pratique de son sport favori, en évoluant à quatre niveaux différents, en plus d'aider l'équipe de la manufacture de Shawinigan. Pour s'aligner dans les cages de cette dernière, fidèle à lui-même, il demande bientôt à être rémunéré pour ses prestations : "Nous n'étions pas payés et mon père me suggéra de demander à l'entraîneur un peu d'argent. Il consentit à me donner cinquante cents par match à condition que je n'en dise rien aux autres joueurs. Nous ne pouvions nous offrir de radio ou autre luxe de la sorte. Cinquante cents représentaient énormément pour moi en ces temps." C'est également le point de départ d'une relation sibylline qu'il entretiendra avec l'argent durant toute son existence. Ses exploits répétés devant sa ligne attirent bientôt l'œil des recruteurs de tout le pays. Les propositions affluent, mais devant l'ardent désir de ses parents de le voir finir ses études, il reste dans sa ville natale jusqu'à ses 18 ans, et obtient au passage un diplôme de dactylographie. Il trouve un travail à l'usine du coin, mais son incommensurable talent le pousse vers un exil inexorable, et c'est le mythique Canadien de Montréal qui l'invite, en 1947, au camp d'entraînement de son escouade junior. Les instances dirigeantes du Tricolore tombent sous le charme, et souhaitent engager le prodige. Néanmoins, celui-ci décline l'offre : "Après une semaine, les Canadiens voulaient me faire signer, mais j'ai jeté un œil au contrat et décidé de rentrer à la maison. Je me faisais plus d'argent en tant qu'ouvrier !". Il défend alors pendant deux années supplémentaires les buts des Citadelles de Québec, avant que les Habs ne reviennent à la charge et ne parviennent finalement à l'enrôler. Il est assigné dans une des équipes réserves du Canadien, les Montréal Royals, formation pour laquelle il va faire les beaux jours durant trois ans. Ses réflexes exceptionnels, son style alerte, ses envolées loin de sa cage pour jouer le palet (qui donnent bien des sueurs froides à tous ses supporters), en font bientôt un véritable phénomène, le héros du public et le favori de la presse. Dans son coin, Jacques poursuit son apprentissage. Curieux de nature, il passe son temps, lorsqu'il ne joue pas, au Forum, à observer, noter, analyser le jeu des géants de la Ligue nationale. Un jour, lors d'un entraînement des Red Wings de Detroit, son attention est attirée par un gardien flamboyant, dont la posture accroupie et la dextérité entre les poteaux l'interpellent. Son nom est Terry Sawchuk. Inconnu posté dans les tribunes, Jacques Plante apprend avec avidité, conscient que son rêve d'être aligné parmi les étoiles de la NHL est désormais à portée de main... En route vers la NHL À l'issue de la saison 1949-50, Bill Durnan, légendaire gardien ambidextre du Tricolore, annonce son retrait du jeu, à seulement 34 ans. Gerry McNeil prend la place de titulaire, et Jacques se retrouve désormais deuxième dans la hiérarchie des portiers des Habs. Il sait maintenant que son heure est proche. Au mois d'octobre 1952, quand McNeil voit sa mâchoire fracturée, les dirigeants du Canadien font appel à Jacques pour le suppléer. Cet intérim qui doit durer trois rencontres s'engage cependant mal pour Plante. En effet, le jeune gardien est un joueur éminemment superstitieux, et ne se sépare jamais de la tuque confectionnée par ses soins lorsqu'il est sur la glace. L'entraîneur en chef de Montréal, Dick Irvin, ne souhaitant pas qu'un de ses protégés se distingue avec un tel équipement, l'enjoint à s'en séparer, invoquant un pseudo-règlement inventé de toutes pièces. S'engage alors ce que les médias qualifieront de "bataille de la tuque". Jacques ne cède pas d'un pouce sur cette question, prétextant qu'il sera déstabilisé et ne pourra évoluer à son meilleur niveau s'il se retrouve délesté de son fétiche. Le jour de ses grands débuts pourtant, ses trois tuques ont mystérieusement disparu du vestiaire. À quelques minutes du coup d'envoi, il n'a désormais plus le choix, et devra faire sans son précieux porte-bonheur. Trois victoires plus tard (avec seulement quatre buts encaissés), Jacques a cependant largement rempli sa mission et s'est prouvé qu'il n'avait pas un besoin vital de sa tuque pour accomplir des performances de premier plan au sein de la meilleure compétition au monde. Au début de l'année 1953, Jacques est assigné en AHL à une autre formation réserve des Canadiens, les Buffalo Bisons. Une fois n'étant pas coutume, l'arrivée de Plante provoque un enthousiasme démesuré chez les fans et dans l'encadrement du club. Il se remémore : "Ce fut une sacrée expérience. Nous étions derniers, onze points derrière l'équipe nous précédant quand je suis arrivé. [...] Nous avons enchaîné cinq succès d'affilée et la fréquentation de la patinoire est passée de 2000 à 9000 personnes. C'est à partir de là qu'ils ont commencé à me surnommer Jake the snake ("Jake le serpent"). J'adorais cette publicité." Fred Hunt, le manager général des Bisons, est si admiratif devant la petite merveille qu'il téléphone à Kelly Reardon, chef du personnel de Montréal, et lui dit : "Tu sais Ken, Plante n'a gardé le but que pendant quatre matchs et on ne parle plus que de lui à travers la ligue. C'est la plus forte attraction depuis les beaux jours de Terry Sawchuk." Le printemps venu, les Canadiens se retrouvent comme à leur habitude en playoffs, mais sont au pied du mur en demi-finale, menés trois victoires à deux par les Chicago Blackhawks. Dick Irvin décide alors de jouer un coup de poker, en alignant Plante pour la sixième rencontre, qui doit se dérouler dans l'Illinois. La pression est insoutenable pour l'inexpérimenté Jacques, qui compte seulement trois matchs à son actif dans la Ligue nationale. Il se rappelle de la tension et du stress qui l'animent dans le vestiaire, à quelques encablures du début de cette partie, dont le sort pourrait donner un élan prodigieux à sa carrière, ou au contraire le faire retomber dans l'oubli, le plongeant dans une déchéance aussi précoce que son accession sous les feux des projecteurs : "Mes genoux commencèrent à trembler. Dans le vestiaire ce soir-là, j'étais si nerveux que je n'arrivais pas à lacer mes patins. Maurice Richard s'est approché de moi et m'a montré ses mains. "Regarde-les, m'a-t-il dit, elles tremblent toujours avant un match important. Tu te sentiras mieux une fois sur la glace." C'est à un jeu de quitte ou double auquel Jacques s'apprête à prendre part en cette soirée. Et il répond au-delà des attentes. Montréal remporte la rencontre 3-0, et conclut la série deux jours plus tard, avec une nouvelle fois Plante devant les filets. Il participe également aux deux matchs initiaux de la finale face aux Boston Bruins, avant que McNeill ne récupère son poste. Le Tricolore remporte la Coupe Stanley, et le nom de Jacques Plante y est gravé pour la première fois. Il a passé l'épreuve d'initiation avec brio et justifié la confiance octroyée par ses dirigeants, désormais persuadés qu'ils possèdent en Plante un futur champion d'exception. L'année suivante, Jacques retourne à Buffalo, tout en prenant la place de McNeill lorsque celui-ci est blessé. Il garde ainsi la cage des Habs à dix-sept reprises durant la saison régulière, affichant des statistiques faramineuses (cinq blanchissages), et huit en séries. Lorsque McNeill perd le septième match décisif face aux Red Wings en finale, sa chute est inéluctable. Une nouvelle ère est sur le point d'éclore dans les buts du Canadien. Ce sera celle de Jacques Plante. Jacques le révolutionnaire Durant ses cinq premières saisons en tant que gardien titulaire des Canadiens de Montréal, Jacques Plante est une pierre angulaire d'une formation envoûtante et despotique, qui appose sa domination sur le hockey nord-américain. Avec dans ses rangs Maurice Richard, Jean Béliveau, Dickie Moore, Doug Harvey, Bernard Geoffrion et autre Henri Richard, la franchise québécoise survole les débats, terrorise et annihile ses adversaires, pour glaner cinq coupes Stanley en autant d'années. Ces hommes à l'appétit pantagruélique viennent de marquer d'un sceau immémorial la légende du hockey, en fondant une dynastie épique. Au cours de cette épopée onirique, Jacques multiplie les prouesses et accroche au passage à son étagère de trophées cinq Vézina, remis automatiquement à cette époque au gardien ayant la plus faible moyenne de buts encaissés. Au sommet de son art, il est désormais sur le toit de la planète hockey. Mais au-delà de ses performances faramineuses, de ses succès et de ses records, c'est son approche novatrice de son poste, et les innovations qu'il y inocule qui forcent l'admiration, et provoquent un engouement sans pareil à son égard. Car Jacques est l'archétype même du passionné, et du perfectionniste. Il respire le hockey de toute son âme, et a une soif inextinguible de progresser lui-même, et de faire évoluer sa discipline. Les soirs de match, une fois rentré chez lui, en fin observateur qu'il est, il décrypte, analyse, dissèque chaque action, chaque erreur, chaque but encaissé. Et, tel un érudit aliéné par la quête de la vérité, il se noie dans ses songes, à la recherche de l'antidote salvateur. C'est dans un premier temps au niveau du jeu à la crosse que le "style Plante" marque les esprits. Traditionnellement, le dernier rempart, posté en sentinelle, ne quitte pas sa ligne, laissant aux défenseurs le soin de récupérer et de jouer les palets derrière le but. Jacques, mettant ses épatantes qualités de patineur à profit, n'hésite pas à délaisser son filet pour couper la route aux attaquants adverses, ou pour bloquer la rondelle le long de la bande, et faciliter ainsi la relance à ses arrières, facette du jeu qu'il considère comme un déterminant majeur : "Plus je le faisais, plus je m'éloignais de ma cage. Cela paraissait la bonne chose à faire, ainsi j'ai poursuivi dans cette voie et ça a marché. La possession du palet est primordiale. C'est tout ce sur quoi je me concentre - garder le contrôle jusqu'à ce que l'un de mes coéquipiers arrive." Il parle également énormément sur la glace, dirige, aiguille, chaperonne à distance son escouade défensive. Il invente dans cette optique un nouveau signal, en improvisant un bras levé pour signaler les dégagements interdits, code devenu aujourd'hui norme. Enfin, il perfectionne peu à peu sa position dans les buts, n'hésitant pas à s'avancer au devant des artificiers ennemis pour boucher au mieux les angles de tir, avec un succès certain. Plus qu'un simple athlète, Jacques Plante est un témoin méticuleux, un penseur, un théoricien du jeu. Son ouvrage Devant le filet, guide destiné à l'entraînement de ses successeurs, est le premier de son genre, assertion supplémentaire de son engagement profond et de sa dévotion à la réflexion sur son sport. Cependant, le bouleversement fondamental qu'il instigue, et qui va faire sa légende, est l'introduction et la démocratisation du masque, qu'il parvient à imposer au terme d'une âpre bataille. À cette époque en effet, le port d'un artifice pour se protéger le visage est vu d'un très mauvais œil dans le microcosme du hockey. Car, en plus d'être accusé de réduire la vision du cerbère, il est considéré comme un signe ostensible de faiblesse et de lâcheté, ce qui est tout à fait inacceptable dans une discipline ou l'impact psychologique et l'intimidation jouent un rôle prépondérant. Si Jacques n'est pas pusillanime, il est malgré tout persuadé de l'inutilité de faire subir à son faciès des traumatismes atroces et irrémédiables. À partir de 1956, suite à une opération des sinus qui lui fait manquer treize matchs, il commence à porter la protection diabolique à l'entraînement, ce qui ne plaît que modérément à son entraîneur Hector "Toe" Blake, qui lui défend formellement de l'utiliser durant les rencontres officielles. Cependant, Jacques, qui ébauche et confectionne lui-même ses masques, ne s'en laisse pas compter, et poursuit le développement de sa carapace faciale durant les années qui suivent. Un soir de printemps 1958, au cours de la finale opposant Montréal aux Bruins de Boston, un spectateur averti, voyant Jacques foudroyé par un palet reçu en pleine tête, se décide à lui écrire. Il se nomme Bill Burchmore, est un ancien joueur et entraîneur de hockey, et travaille désormais pour le compte d'une entreprise spécialisée dans la fibre. Dans son esprit germe l'idée de concevoir un masque avec ce matériau qui présente l'avantage d'être léger, résistant, et pouvant parfaitement être adapté à la forme du visage. Dubitatif dans un premier temps, Jacques finit par se laisser séduire par le concept, et au cours de l'été 1959, il accepte de se faire prendre l'empreinte de sa figure à l'hôpital de Montréal. À partir de ce moule, Burchmore lui façonne une protection ultralégère, de trois millimètres d'épaisseur, aussi solide que l'acier. Jacques est pleinement satisfait de son nouveau jouet, mais lorsqu'il le présente à Toe Blake, celui-ci reste toujours sur la défensive, et attire son attention : "L'idée n'est pas mauvaise, Jacques, mais je te conseille de ne le garder que pour l'entraînement. Si tu commences la saison avec un masque et que tu n'arrêtes pas quelques lancers qui auraient pu sembler faciles à bloquer, les partisans vont te huer et ils vont rendre ton masque responsable de tes déboires." À contrecœur, Jacques entame ainsi la nouvelle saison sans son invention avant-gardiste, avec dans un coin de la tête, l'idée de la ressortir le moment venu... 1er novembre 1959 : ce soir-là, dans la Mecque du sport, le Madison Square Garden, Montréal défie les Rangers de New York. Au cours de la première période, un tir puissant d'Andy Bathgate atteint Jacques au visage. Sérieusement ouvert, il se trouve contraint de rejoindre les vestiaires, afin de se faire poser plusieurs points de suture. Il entre alors en conflit avec le coach Blake, attestant qu'il ne reprendra pas la partie à moins d'être autorisé à porter son fameux masque. L'entraîneur en ébullition entre dans une démonstration de colère prodigieuse, mais n'a guère le choix, les équipes ne possédant pas de gardien suppléant en ces temps-là. Il laisse donc Jacques reprendre place sur la glace, à condition qu'il abandonne sa protection une fois ses blessures guéries. Il ne sait pas encore que cette soirée particulière sera à marquer d'une pierre blanche dans l'histoire de la NHL. De retour aux côtés de ses coéquipiers, totalement transcendé par son masque, Jacques, motivé comme jamais à l'idée d'avoir l'opportunité de défendre enfin ses convictions profondes, redouble d'ardeur, multiplie les sauvetages et les arrêts décisifs. Les Habs l'emportent 3 buts à 1, mais ses détracteurs les plus acharnés campent sur leurs positions, à l'image de Muzz Patrick, directeur-général des Rangers, qui déclare : "On commence avec les gardiens qui portent des masques. Toutes les équipes ont un ou deux défenseurs qui se jettent sur la glace pour bloquer les tirs. Bientôt, ils vont vouloir porter des masques. Les attaquants vont porter des casques. Les équipes vont devenir des groupes de robots anonymes, sans visages identifiables. On ne peut pas se permettre de perdre cet attrait pour les spectateurs et les spectatrices." Pourtant, le Tricolore enchaîne par la suite sur une série stratosphérique de dix-huit matchs sans défaite. Durant les onze premières rencontres, Jacques octroie seulement treize buts. Il a dès lors gagné son pari : le masque est désormais popularisé, et ne quittera plus jamais l'équipement du gardien de but. Il est parvenu à convaincre les plus incrédules, comme Muzz Patrick qui fustigeait l'artifice moins d'un mois auparavant et qui révise maintenant son discours, ordonnant en particulier à tous les portiers des catégories juniors de l'organisation des Rangers de se munir de masques. Homme d'affaires dans l'âme, Jacques s'associe avec Burchmore, et gère tous les intérêts liés à son invention, dont il est devenu le fabricant exclusif. Sa carrière est alors à son apogée. Vers de nouveaux horizons Lors de la saison 1960-61 cependant, les Canadiens n'ont plus leur rayonnement des années précédentes. Maurice Richard vient d'annoncer sa retraite, et de nouvelles formations aux crocs acérés et pleines d'ambition pointent le bout de leur nez, notamment les Chicago Blackhawks emmenés par le redoutable duo Bobby Hull - Stan Mikita. De son côté, Jacques est gêné par des douleurs récurrentes au genou gauche, qui l'empêchent d'évoluer à son meilleur niveau. En cours d'exercice, il est même remplacé un temps par le jeune Charlie Hodge, et affecté aux Royals. Il revient en fin d'année, mais ne peut éviter l'élimination des siens en série, défaits par les futurs champions Chicago. Durant l'été, il se fait opérer, prend le temps de se reconstruire, et recouvre peu à peu ses possibilités. Le Tricolore doit à cette époque composer avec de nombreuses blessures (Béliveau, Moore, Johnson), et Plante tient l'équipe à bout de bras. Il collectionne les performances de grande envergure et remporte le trophée Hart Ross, récompensant le MVP de la saison. Malgré tout, l'offensive du Canadien est en berne, et le seul Jacques ne peut éviter la défaite des siens lors du premier tour des playoffs. La saison suivante, les relations entre Plante et la direction des Habs, sont de plus en plus conflictuelles. Il faut dire que Jacques, à l'instar de nombreux gardiens de cette ère ancestrale, est un homme nébuleux, complexe, au caractère difficile à cerner. Âme solitaire, attribut inhérent à son poste, il ne se mêle jamais à ses coéquipiers, avec qui il ne participe qu'aux succès sur la glace. Sorti de l'enceinte, il passe ses soirées seul dans sa chambre d'hôtel à tricoter ou répondre au courrier des fans, et dans le bus de l'équipe, il prend constamment la place située derrière le chauffeur, toujours à l'écart. Soliste génial devant sa ligne de but, Jacques se méfie du genre humain, et éprouve des difficultés à donner sa confiance, ce qu'il confesse lui-même : "Non, je ne me fais jamais d'amis. Pas dans le hockey, ni nulle part ailleurs. Pas depuis mon adolescence. Pourquoi cela ? Si vous êtes proche de quelqu'un, vous devez être prédisposé à lui plaire." Champion à l'ego incandescent, il n'hésite pas à critiquer ses partenaires les soirs de défaite, et son attitude est accusée d'influer négativement sur le moral des troupes. Au printemps, suite à une nouvelle élimination prématurée des Canadiens, le torchon brûle, et son avenir est rapidement scellé. Les instances dirigeantes de la franchise ont pris la décision de se séparer de leur gardien fétiche, et annoncent son échange avec les New York Rangers. En guise de justification, la directeur général des Habs, Frank Selke, explique aux journalistes incrédules : "Il fallait porter un grand coup, donner un exemple retentissant. Certains de nos joueurs étaient devenus trop riches, trop repus d'honneurs et de gloire. [...] Jacques Plante est un introverti qui est incapable d'oublier ses intérêts personnels pour servir la cause de l'équipe. Dans ces circonstances, si brillant soit-il comme gardien de but, il valait mieux qu'il parte. Voilà ce que je vous permets de publier." Jacques fait ainsi ses valises pour Big Apple, le cœur lourd. Sa confiance se consume peu à peu, et son jeu s'en ressent. Il n'est plus le gardien étoilé, qui a fait rêver les spectateurs du Forum durant tant d'années. Il dispute sous le maillot des Blueshirts deux saisons, au cours desquelles l'équipe ne parvient pas à atteindre les séries éliminatoires, et annonce sa retraite des patinoires. Il retourne alors vers ses racines, dans son cher Québec natal, où il devient représentant pour la chaîne de brasseries Molson. Son exil dure trois ans, trois longues années. Car un amoureux éperdu, un passionné frénétique du hockey comme Jacques, ne peut rester éternellement éloigné de sa muse. En 1968, une nouvelle franchise issue de l'expansion, les Blues de Saint-Louis, lui donne la chance de rechausser les patins. L'entraîneur en chef de l'équipe, un certain Scotty Bowman, souhaite imiter le modèle mis en place par Punch Imlach à Toronto, qui a remporté la Coupe Stanley en faisant garder ses cages alternativement par deux gardiens vétérans, Johnny Bower et Terry Sawchuk. Au grand Glenn Hall, Bowman rêve secrètement d'associer Jacques, et le convainc, un salaire de 35 000 dollars à la clé (le plus gros de sa carrière), de sortir de sa réserve, à 40 ans. Plante retrouve rapidement toutes ses sensations, réalise une première année ébouriffante, remporte le Vézina conjointement avec Hall, et emmène son équipe en finale. Malgré le balayage infligé en finale par ses anciens compères du Canadien, il se sent bien dans le Missouri, où s'offre à lui une seconde jeunesse : " Je sens que l'on me voulait ici, et quand je me sens désiré, je me sens bien." La saison suivante, il réédite des performances de grande classe, et les Blues atteignent pour la seconde fois les finales, battus par Boston. À 42 ans, Jacques a retrouvé le plaisir du jeu, et ne pense plus raccrocher. Échangé à Toronto, il enchaîne sur deux admirables exercices, avant d'être envoyé tardivement lors de la saison 1972-73 aux Boston Bruins, qu'il aide largement à atteindre les playoffs, en remportant sept des huit dernières rencontres de saison régulière auxquelles il participe. Il prend par la suite du recul, devenant entraîneur le temps d'une saison derrière le banc des Nordiques de Québec, avant de revenir une nouvelle fois au jeu, dans les rangs des Edmonton Oilers en WHA, à 46 ans ! Il réalise des prestations plus qu'honorables, mais, meurtri dans sa chair par des ennuis de santé répétitifs, et profondément touché par la disparition tragique d'un de ses fils dans un accident de voiture, il décide qu'il est désormais temps pour lui de tourner la page, définitivement. Il part alors s'installer en Suisse, à Sierre, ville d'origine de son épouse. Il y crée une école de gardiens et aide même un temps au coaching du HC Sierre, d'où il garde un œil attentif sur le jeu et ses évolutions. Il rentre régulièrement en Amérique du Nord prodiguer ses précieux conseils aux nouvelles générations, occupant notamment la fonction d'entraîneur des gardiens pour les Flyers de Philadelphie (il sera un mentor pour Bernie Parent). Il est malheureusement bientôt rattrapé par la maladie, et c'est un monde du hockey atterré qui apprend son décès le 27 février 1986, d'un cancer de l'estomac. Sa veuve Caroline-Raymonde décide l'année suivante d'offrir un "trophée Jacques-Plante" au meilleur gardien du championnat suisse. Une récompense du même nom est décernée dans la Ligue Junior Majeur du Québec. Jacques Plante, héros intemporel au panthéon du hockey sur glace, a gravé sa marque dans l'histoire de son sport, en contribuant à le faire évoluer de manière radicale et fondamentale. Le célèbre numéro 1 laisse derrière lui un palmarès fastueux, des lignes statistiques ensorcelantes et l'image d'un surdoué, d'un théoricien du jeu unique, l'archétype même du précurseur. Quant à savoir s'il est le meilleur gardien de l'histoire, les avis divergent, beaucoup le mettant en concurrence pour ce titre honorifique avec Terry Sawchuk. À propos de ce débat, qui relève d'une grande subjectivité, les paroles de l'un des meilleurs spécialistes du poste, Ken Dryden, résument finalement bien la situation : "Il y a beaucoup de très bons gardiens, il y a même un grand nombre de bons gardiens. Mais il y a peu de gardiens importants. Jacques Plante était un gardien important." Homme solitaire, ayant souvent eu du mal à évoluer aux côtés de ses pairs, Jacques Plante leur a pourtant laissé un legs inestimable. Et c'est paradoxalement en se réfugiant derrière un masque qu'il est devenu l'une des figures les plus reconnaissables de sa discipline. Pour l'éternité. Alexandre Pengloan

HISTOIRE D UNE LEGENDE LE ROCKET

RICHARD, MAURICE (baptisé Joseph-Henri-Maurice), dit le Rocket, joueur de hockey professionnel, machiniste et commerçant, né le 4 août 1921 à Montréal, aîné des huit enfants d'Onésime Richard et d'Alice Laramée ; le 12 septembre 1942, il épousa à Montréal Lucille Norchet (décédée en 1994), et ils eurent cinq garçons et deux filles ; décédé le 27 mai 2000 à Montréal. Maurice Richard est issu d'une famille modeste. Après leur mariage, ses parents, nés en Gaspésie, se sont installés à Montréal. Maurice grandit dans le secteur de Bordeaux, près de ville Saint-Laurent ; il y fait ses débuts au hockey, d'abord avec l'équipe de l'école, puis avec celle du quartier. Durant les études qu'il poursuit à l'école technique de Montréal pour devenir machiniste, Maurice joue dans les équipes du parc Lafontaine. Son talent est si manifeste que plusieurs équipes veulent compter cet ailier gauche parmi leurs joueurs. Ne pouvant faire partie de plus d'une par année, il décide d'emprunter différents noms : il peut ainsi jouer au hockey tous les jours. Le monde du hockey junior le découvre en 1937-1938. Il appartient alors à l'équipe de Paul-Émile Paquette, dont le capitaine est Georges Norchet (il deviendra le beau-frère de Richard) et l'entraîneur, Paul Stuart. Ce dernier recommande à son collègue Arthur Therrien, instructeur des Maple Leafs de Verdun, de rencontrer le jeune hockeyeur ; c'est ainsi que, durant les saisons 1938-1939 et 1939-1940, Richard peut se démarquer au sein de cette équipe. En 1940-1941, Richard signe un contrat avec le Canadien senior de Montréal, l'équipe-école du grand club du même nom de la Ligue nationale de hockey (LNH). En deux saisons, il ne joue que quelques parties à cause de deux fractures (l'une à un poignet, l'autre à une cheville). Son entraîneur, Paul Haynes, a tout de même le temps de remarquer qu'il possède un excellent lancer du revers tout en jouant à gauche, et de le transformer en ailier droit. Les événements se précipitent en 1942. Il trouve d'abord un emploi aux Ateliers Angus, où travaille son père, machiniste ; pendant quelques années, il continuera d'occuper ce poste durant l'été. Richard tente de s'enrôler dans l'armée ; il est refusé à cause des blessures qu'il a subies. En septembre, quelques jours avant d'épouser Lucille Norchet, il signe son premier contrat professionnel avec le club de hockey le Canadien de Montréal. Au moment où il entreprend sa première saison dans la LNH, celle-ci vient de connaître deux changements importants. Entre 1926 et 1931, la ligue comptait dix équipes. La crise économique puis la Deuxième Guerre mondiale forcent quatre d'entre elles à se retirer : les Pirates de Pittsburgh, en Pennsylvanie, en 1931, les Senators d'Ottawa en 1935, les Maroons de Montréal en 1938 et les Americans de New York en 1942. Pendant 25 saisons d'affilée, six équipes seulement feront partie de la LNH : les Blackhawks de Chicago, les Bruins de Boston, le Canadien de Montréal, les Maple Leafs de Toronto, les Rangers de New York et les Red Wings de Detroit. Pour plusieurs experts, l'ajout, en 1942-1943, d'une ligne rouge au centre de la patinoire marque le début de la modernité dans le hockey professionnel. Depuis 1919-1920, deux lignes bleues permettaient la passe avant à l'intérieur de chacune des zones ; pour faire franchir la ligne bleue à la rondelle, un joueur devait donc l'avoir en sa possession. Avec l'ajout de la ligne rouge, la passe est permise de l'arrière du filet jusqu'au centre, soit au delà de la ligne bleue. La saison 1942-1943 s'achève rapidement pour Richard, puisqu'il se brise une cheville le 27 décembre. Malgré les 5 buts et les 11 points qu'il a accumulés en 16 parties, sa fragilité suscite quelques inquiétudes dans l'entourage du Tricolore. À la saison suivante, Richard revient plus fort. Il porte un nouveau numéro - le 9 plutôt que le 15 -, en l'honneur de sa fille Huguette, qui pesait neuf livres à sa naissance. Pendant les exercices, son coéquipier Raymond Getliffe, étonné par la vitesse avec laquelle Richard déjoue le trio qu'il forme avec Phillip Henri Watson et Erwin Groves (Murph) Chamberlain, le surnomme le Rocket. En compagnie d'Hector (Toe) Blake et d'Elmer Lach - avec qui il forme la fameuse punch line -, il compte 32 buts en 46 parties. Pendant les séries éliminatoires, il aide son équipe à remporter la coupe Stanley contre les Blackhawks en marquant 12 buts en 9 parties. C'est la cinquième coupe Stanley que remporte le Canadien, mais la première depuis 1930-1931. Le Rocket, qui mesure 5 pieds 10 pouces et pèse 195 livres, est désormais une vedette. Il est le joueur le plus déterminé à compter un but : entre la ligne bleue et le filet, à peu près rien ne l'arrête. Quand il vient vers eux, les gardiens de but peuvent voir le feu dans ses yeux. Quiconque se met sur son chemin risque les représailles de celui qui n'hésite à répliquer ni avec ses poings, ni, même, avec son bâton. La punch line établit d'autres records en 1944-1945. Avec 80 points, Lach finit premier compteur de la LNH ; Blake en a 67. Le trio réussit l'exploit de totaliser 220 points pendant la saison. Le Rocket compte 50 buts en 50 parties, éclipsant les 44 buts en 20 parties qu'a marqués Maurice Joseph Malone en 1917-1918. En temps de guerre, ces records sont cependant vus d'un mauvais œil par plusieurs journalistes. Constantine Falkland Cary Smythe*, propriétaire des Maple Leafs, a levé un régiment et a encouragé les hockeyeurs à s'enrôler ; c'est ainsi que, pendant la Deuxième Guerre mondiale, le club torontois est amputé de plus de la moitié de ses joueurs. La situation est différente au Canadien, ce qui fait jaser : l'équipe de Montréal profiterait de la guerre pour remporter des victoires. Les résultats des saisons suivantes démentent cette impression. Malgré le retour des soldats, le Bleu-Blanc-Rouge gagne en effet la coupe Stanley contre les Bruins en 1945-1946. Richard a compté 27 buts pendant la saison et 7 buts au cours des séries. En 1946-1947, il marque 45 buts et reçoit le trophée Hart, remis au joueur le plus utile. Les détracteurs doivent se rendre à l'évidence et l'applaudir. Même Smythe avoue que Richard est le meilleur joueur ; il tentera d'ailleurs à plusieurs reprises d'acheter son contrat du Canadien en offrant jusqu'à 135 000 $. Durant les années 1950, le Tricolore fait la pluie et le beau temps dans la LNH et la popularité du Rocket décuple. Le club de Montréal participe à la finale de la coupe Stanley dix fois de suite et la remporte six fois. L'arrivée de la télévision permet aux Canadiens, francophones et anglophones, qui connaissent tous Richard, de le voir en action et battre des records, comme en ce 8 novembre 1952, où il compte son 325e but en carrière contre Chicago, dépassant la marque de 324 d'un ancien joueur des Maroons, Nelson Robert Stewart. En 1953-1954, il écrit de plus une chronique sur le hockey dans l'hebdomadaire montréalais Samedi-dimanche. Dans un de ses billets, il commente une décision qu'a prise Clarence Campbell*, président de la LNH, au sujet de Bernard (Boum Boum) Geoffrion. Il la croit injuste. Les pressions de Campbell - qui pour plusieurs représente l'establishment anglophone et francophobe de Montréal - pour empêcher Richard d'écrire portent fruit. À la veille de l'événement le plus important de la carrière du Rocket, les tensions entre les deux hommes sont à leur plus haut point. Le 13 mars 1955, au cours d'un match à Boston, une bagarre éclate entre Richard et Harold Richardson Laycoe. Après avoir constaté qu'il saigne à la tête, Richard, furieux, se dirige vers Laycoe en brandissant son bâton. Les juges de ligne s'interposent, dont un, Clifford B. Thompson, prend Richard par derrière, tandis que Laycoe continue de le battre. Richard se retourne et frappe le juge de ligne pour tenter de se dégager. Après l'incident, Richard dit qu'il pensait que c'était un joueur des Bruins qui le retenait, confusion possible parce que les officiels portent alors des chandails beiges, semblables aux jaunes des Bruins. En réalité - il l'avouera plus tard -, il savait qui le retenait, mais ne pouvait se résoudre à se laisser faire. La saison suivante, les officiels adopteront le chandail zébré. Deux jours plus tard, Richard rencontre Campbell pour s'expliquer. Les choses s'annoncent mal pour le Rocket, qui a déjà mérité une suspension de quelques matchs au début de la saison, pour une autre bagarre. Campbell donne son verdict le 16 mars : Richard ne reviendra pas sur la glace avant la fin de la saison, ce qui signifie trois matchs de la saison régulière et toutes les séries éliminatoires. Dans les journaux francophones de Montréal, on crie au scandale. Richard n'acceptera jamais cette décision ; de son point de vue, la suspension - quitte à se poursuivre pendant la saison suivante - n'aurait pas dû affecter les séries. À Montréal, le prochain match de la saison régulière, qui doit se dérouler le 17, entre le Canadien et les Red Wings, s'annonce donc houleux. Le maire de Montréal, Jean Drapeau, enjoint même Campbell de ne pas y assister, de peur que sa présence attise le mécontentement de la population. Une foule s'est massée à l'entrée du Forum de Montréal avant que le match commence. Plusieurs personnes portent des pancartes décriant Campbell. Peu après le début de la partie, ce dernier arrive avec sa secrétaire, sa future épouse. Des objets sont lancés dans leur direction. Au moment où Campbell se lève, à la fin de la première période, un spectateur lui lance une tomate au visage. Quelques secondes plus tard, une bombe lacrymogène explose près de lui. La foule se rue vers les sorties. Campbell se réfugie dans le vestiaire des arbitres, où il rencontre le Rocket. Il demande à Frank J. Selke, directeur général, de fermer le Forum et de déclarer forfait pour le match. La partie, que le Bleu-Banc-Rouge perd 4-1, est la plus courte de toute l'histoire de la LNH. À l'extérieur, une émeute éclate. Les fenêtres du Forum volent en éclat, la foule envahit la rue Sainte-Catherine et vandalise plusieurs magasins. Seule l'intervention du Rocket à la radio, le lendemain matin, fait cesser la colère de ses admirateurs. Plusieurs experts affirment que cette manifestation exceptionnelle de fierté nationale aurait été le prélude de la Révolution tranquille. Pendant les séries éliminatoires, le Canadien s'incline devant les Red Wings, qui gagnent la coupe Stanley, après sept rencontres. Quant à Richard, il perd à jamais l'occasion d'obtenir le titre du meilleur marqueur de la saison régulière, que décroche cette année-là Geoffrion. Pour le Tricolore, la saison 1955-1956 s'ouvre avec un nouvel entraîneur, Hector Blake, qui remplace James Dickenson Irvin, et une recrue, Henri Richard, frère du Rocket. Un autre frère, Claude, tentera lui aussi de se joindre au Canadien, mais en vain. Jusqu'en 1959-1960, le Bleu-Blanc-Rouge dominera la LNH de façon extraordinaire avec cinq coupes Stanley d'affilée et quatre trophées Prince-de-Galles, distinction alors remise à l'équipe qui arrive au premier rang du classement général. Richard participe activement à ces conquêtes, mais est ralenti à nouveau par des blessures. Durant ces années de triomphe, la composition de l'équipe varie peu : 12 joueurs - surnommés les 12 apôtres -, ainsi que l'entraîneur, restent fidèles au poste. Le 19 octobre 1957, dans un match contre Chicago, Richard déjoue le gardien Glenn Henry Hall et marque son 500e but en carrière, qu'il dédie à Irvin, décédé quelques mois auparavant. Le 15 septembre 1960, Richard annonce officiellement qu'il prend sa retraite. Le cœur n'y est plus et le corps est fatigué. Toutefois, la liste de ses records au sein de la LNH - près d'une vingtaine - impressionne : le plus de buts en carrière (544) ; le plus de buts en une saison (50) ; le plus de buts pendant les séries (82) et le plus de tours du chapeau (26) en carrière. Le Rocket détient encore aujourd'hui deux records, non égalés même par Wayne Gretzky : le plus de buts en prolongation (6) et le plus de buts gagnants (18) au cours des séries éliminatoires. Ces exploits montrent à quel point le Rocket a été un joueur dominant dans les moments cruciaux, notamment pendant les séries - alors au nombre de deux - pour gagner la coupe Stanley, coupe que le Canadien a remportée huit fois pendant les années où Richard en faisait partie. Si le Rocket peut accomplir autant d'exploits, c'est certes parce qu'il est doué et déterminé, mais la collaboration de ses nombreux coéquipiers - Lach, Blake, Jean Béliveau, Geoffrion, Richard Moore, son frère Henri - compte aussi parmi ses atouts. Les défenseurs Émile (Butch) Bouchard et Doug Harvey, tout comme les gardiens William Arnold Durnan et Jacques Plante, qui se concentrent pour arrêter l'adversaire, facilitent la tâche du Rocket à l'attaque. Richard reste cependant au sein du Canadien, où il occupe un poste de représentant pour diverses activités sociales. Comme son contrat n'est pas terminé, il est censé recevoir son plein salaire - d'environ 25 000 $ - pendant encore trois ans. Il passe deux années à voyager en Amérique du Nord ; ses tâches, à sa demande, sont ensuite réduites. Malgré la promesse qu'on lui a faite, il ne reçoit plus que la moitié de son salaire. Vers 1965, il finit par claquer la porte du club. Seul un renouveau au sein de l'organisation, en 1981, le convaincra de réintégrer la grande famille à titre d'ambassadeur du Canadien. Richard se lance dans le commerce. Il se porte tout d'abord acquéreur d'une brasserie dans le centre-ville de Montréal. Il la revend trois ans plus tard pour le double du prix d'achat et réinvestit l'argent dans un commerce de ligne à pêche, qu'il installe dans son sous-sol. À titre de célébrité, il est sollicité pour participer à divers événements, sportifs ou autres, au Canada, aux États-Unis et parfois en Europe. Au cours des années 1980, il écrira une chronique sportive dans la Presse de Montréal. En 1971, l'Association mondiale de hockey est fondée dans le but de concurrencer la LNH. Une concession, les Nordiques, est accordée à Québec l'année suivante. Marius Fortier, l'un des six membres fondateurs de l'équipe, offre à Richard d'en devenir l'entraîneur. Le Rocket, qui voit ainsi se réaliser un vieux rêve, accepte, mais à la condition de pouvoir tout de même passer ses automnes à la chasse. Il conclut une entente avec les Nordiques : Maurice Filion dirigera le camp d'entraînement et il prendra le poste d'entraîneur au début de la saison régulière 1972-1973. Le célèbre ex-joueur se présente donc le 11 octobre pour le premier match de l'histoire du club, contre les Crusaders, à Cleveland, en Ohio ; les Nordiques perdent 2-0. Constatant qu'il n'a pas le tempérament voulu, il remet sa démission, mais se laisse persuader de rester pour un match supplémentaire. La carrière d'entraîneur de Richard se termine donc après la première partie des Nordiques à Québec, deux jours plus tard, contre les Oilers de l'Alberta ; les Nordiques gagnent 6-0. Le Rocket reçoit plusieurs honneurs. Le Temple de la renommée du hockey l'intronise dès 1961, tandis qu'il faut attendre habituellement cinq ans après la retraite pour obtenir une telle reconnaissance. De plus, le Tricolore retire immédiatement le numéro 9 ; Richard est le deuxième joueur du club, après Howarth William Morenz* (7), à mériter cette marque d'estime. L'ouverture d'un aréna à son nom à Montréal en 1962 - où sera inauguré en 1996 un musée sur sa carrière -, son élection au Temple de la renommée des sports du Canada et au Panthéon des sports du Québec sont également au nombre des distinctions qu'il récolte. Une plaque à son nom est même installée au panthéon du Madison Square Garden de New York. Nommé au Conseil privé de la reine pour le Canada en 1992, il devient officier, puis compagnon, de l'ordre du Canada, respectivement en 1967 et 1998 ; il est fait officier de l'ordre national du Québec en 1985. Le hockeyeur inspire de plus de nombreuses œuvres, dont une biographie de Jean-Marie Pellerin, une chanson de Pierre Létourneau et un roman historique de Roch Carrier. À l'apogée des honneurs réservés au Rocket se trouvent la cérémonie de fermeture du Forum de Montréal et la création du trophée Maurice-Richard. Le 11 mars 1996, l'édifice que le Canadien occupe de façon permanente depuis 1926 ferme ses portes. L'équipe en profite pour organiser un événement particulier, avec notamment la présentation des membres du Temple de la renommée du hockey (dont Émile Bouchard, Jean Béliveau, Guy Lafleur et Robert M. Gainey) et des anciens capitaines. Bouchard transporte un flambeau, puis le passe à Richard, qui lui a succédé en 1956 comme capitaine. La foule se lève et entame une ovation qui dure près de 15 minutes. Sur l'écran géant, au centre de la patinoire, le Rocket pleure. La plupart des personnes présentes - autour de 18 000 - n'ont jamais vu jouer Richard, qui a pris sa retraite 36 ans plus tôt. Mais toutes connaissent le Rocket, ont entendu leurs parents et leurs grands-parents raconter ses exploits, ont vu des images du joueur aux yeux de feu en action. Au terme de la saison 1998-1999, Teemu Selanne, des Mighty Ducks d'Anaheim, en Californie, reçoit le trophée Maurice-Richard. Il est le premier gagnant de cette récompense remise au meilleur buteur de la saison dans la LNH et créée en l'honneur du Rocket qui, si elle avait existé à l'époque où il jouait au hockey, l'aurait remportée cinq fois. Au matin du 27 mai 2000, le cancer a raison de Maurice Richard. Le centre Molson, à Montréal, devient une chapelle ardente qui accueille environ 100 000 personnes venues lui rendre hommage. Les funérailles ont lieu le 31 à la basilique Notre-Dame et attirent encore des milliers d'admirateurs. D'anciens coéquipiers, dont son frère Henri, portent le cercueil du Rocket, tandis que des vétérans du Canadien, des personnalités politiques et des hockeyeurs qui ont été ses adversaires, tels Gordon Howe et Robert Blake Theodore Lindsay, qui ont fait partie de l'équipe de Detroit, suivent le cortège. Pourtant, celui pour qui tous ces gens se sont déplacés n'a cessé de dire, toute sa vie durant, qu'il n'était qu'un joueur de hockey, rien d'autre. Michel Vigneault Soc. de généalogie de Québec, Fichier Drouin, Saint-Denis (Montréal), 6 août 1921.- Le Soleil (Québec), 28 mai 2000.- Gérard Binette, Mariages de Notre-Dame du Très Saint-Sacrement (Montréal), 1926-1990 (Montréal, 1992).- Roch Carrier, le Rocket (Montréal, 2000).- Chrys Goyens et al., Maurice Richard, héros malgré lui, J.-L. Duguay, trad. (Toronto, 2000).- « Maurice Richard parle du... Rocket », les Canadiens : le magazine du hockey (Montréal), 9 (1993-1994), no 7 : 22-66.- Claude Mouton, Toute l'histoire illustre et merveilleuse du Canadien de Montréal (2e éd., Montréal, 1986).- Andy O'Brien, Numéro 9, Guy et Pierre Fournier, trad. (Saint-Laurent, Québec, [1962] ).- Rolland Ouellette, les 100 plus grands Québécois du hockey (Montréal, 2000).- J.-M. Pellerin, l'Idole d'un peuple : Maurice Richard (Montréal, 1976).- Total hockey : the official encyclopedia of the National Hockey League, Dan Diamond, édit. (Toronto, 1998).
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